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Retour de Palestine : billet d’humeur 

- Je pars en Palestine.

- Ah oui … je suis déjà allée en Israël !

- Je vais pas en Israël, je vais en Palestine.

- tu nous raconteras !

 

Raconter … depuis 40 ans, tout a été dit, redit et tout est tellement pire.

De l’aéroport de Tel Aviv, en route pour Jérusalem avec minibus « plaque jaune » : ça veut dire que c’est un véhicule qui est « israélien » et qu’il peut donc circuler partout.

C’est un véhicule de Jérusalem, conduit par un palestinien de Jérusalem.

- Oui, mais Jérusalem ? c’est en Israël ? Jérusalem Ouest, ça fait un moment qu’en dépit du droit international, on lit partout que c’est la capitale d’Israël, mais l’Est …

- L’Est : depuis 1967, Israël, immédiatement après l’avoir occupé, l’a annexé et en a étendu, au fil des ans, la superficie. Les Palestiniens qui y vivaient ont été recensés et ont une carte de résident. Ceux qui n’ont pas pu être recensés ne peuvent plus venir à Jérusalem. Ceux qui ont la carte de résident ne peuvent pas quitter trop longtemps Jérusalem sous menace de perdre leur statut et ceux qui ne sont pas résidents ne peuvent pas venir à Jérusalem, même pour voir leur famille.

On quitte donc Tel Aviv. Après un certain temps, on voit sur les toits des réservoirs, souvent noirs. Ça veut dire qu’on a quitté Israël pour la Cisjordanie occupée, que les immeubles sont habités par des Palestiniens qui doivent stocker l’eau dans des citernes sur les toits car l’eau n’est distribuée que 2 fois par semaine. Les nappes, les sources, sont captées par Israël. Les Palestiniens doivent acheter l’eau à Israël. On reconnaîtra désormais facilement les colonies à la verdure qui les entoure, au fait qu’il n’y a pas de citernes sur les toits.

Quand on quittera Jérusalem pour la vallée du Jourdain, on changera de bus (plaque blanche, celle de la Cisjordanie) et de chauffeur (il n’est plus de Jérusalem, mais de Ramallah).

Il y a Jérusalem avec Jérusalem Ouest, Jérusalem Est-vieille ville avec de plus en plus de drapeaux israéliens sur les maisons, Jérusalem métropole englobant les villages jusqu’à Bethléem et Ramallah.  Il y a les zones A, les zones B, les zones C, les zones déclarées de sécurité . .. A Hebron, il y a  les secteurs H1 et H2 … Kafka aurait pu l’inventer !

Hebron : la vieille ville est déserte. De rares échoppes sont ouvertes dans le souk. Il y a les rues interdites, les rues barrées, les rues surveillées. Notre groupe est intercepté par des militaires : pas le droit de circuler dans ces rues !

Là c’est sans doute zone A : il y a une grande pancarte rouge en bord de route avertissant que c’est une zone dangereuse pour les Israéliens. 

On entre dans Jericho.

- Donc là, les palmeraies, les cultures irriguées... c’est palestinien ?

- T’as rien compris ! La vallée du Jourdain, c’est fertile, c’est l’eau, donc c’est tout confisqué. Les Palestiniens, ils travaillent là comme ouvriers agricoles !

Une nouvelle zone A avec pancarte rouge « danger pour les Israéliens ». 

- On voit tout de même des soldats israéliens alors que normalement c’est sous souveraineté palestinienne.

- C’est normal : l’armée israélienne entre quand elle veut, comme elle veut en zone A.

Là, à Ramallah, juste à côté de l’hôtel, c’est zone C. Donc interdiction totale de construire. Les Palestiniens savent quand ils passent de A à C ou de C à B etc … mais nous … 

On nous montre la limite devant un panorama de Ramallah : les immeubles se construisent densément sur la colline puis, c’est vide … on est passé de la zone A à la zone C.

On ne sait plus très bien ce que ça change  d’être en zone A, B ou C. On arrête pas de changer de zone ! Là vers Kalandia, on ne sait pas bien dans quelle zone on est (on renonce à maîtriser le savant découpage!). Ce qu’on voit, c’est le mur et des maisons détruites … de belles maisons. Elles menaçaient la sécurité de l’État hébreu, de l’autre coté du mur...

Vous avez vu le film « Les citronniers » ? Il a été réalisé il y 10 ans … tout y est dit et rien n’a changé, sauf en pire : la femme reste dans son verger mutilé. Les Palestiniens restent dans leurs villes et villages encerclés, sur leurs terres sans cesse menacées de confiscation. Ils vivent … Ils ne seront pas éliminés comme les Indiens d’Amérique.

De Ramallah, on repart pour l’aéroport de Tel Aviv. On retrouve notre bus avec « plaque jaune » et notre chauffeur de Jérusalem.

- « vous direz que vous ne me connaissez pas et que vous venez de Jérusalem. »

Il laisse passer plusieurs entrées d’autoroute menant vers l’aéroport pour prendre plus au sud, comme si on venait de Jérusalem ...

Claire, le 27 novembre 2017