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Voyage dans un pays occupé

Palestine, 1er-12 nov 2017

Depuis plusieurs années, Palestine Amitié organise pour ses adhérents un voyage en Palestine. Durant douze jours, en novembre dernier, nous étions un groupe de treize à y participer. Pour la plupart d’entre nous, c’était la première fois que nous nous y rendions. Pour les quelques uns qui y étaient déjà venus, c’était il y  a fort longtemps. L’organisation du voyage, totalement bénévole, est fort bien rôdée et n’a rien à envier à celle d’un voyagiste traditionnel : rien à redire sur l’hébergement, la nourriture (copieuse et d’excellente qualité, exotique par certains aspects), les déplacements. Là s’arrête cependant la comparaison avec un voyage organisé « classique ».

 En effet, l’objectif du voyage n’est nullement le dépaysement touristique. Il s’agit bien d’aller sur place dans une optique militante : apporter la solidarité, recueillir la parole et les témoignages, se documenter. Cette optique engagée fait que, contrairement à ce que découvre la plupart des touristes, nous n’avons passé que peu de temps sur le territoire israélien et beaucoup en Cisjordanie (rappelons que Gaza est totalement inaccessible et soumis à une fermeture asphyxiante pour ses populations).

 La Cisjordanie, ce sont les territoires, occupés par l’armée israélienne, depuis 1967. Dans ces territoires, les touristes s’y risquent peu, hormis sur les lieux saints, dont une partie figurent en Cisjordanie. En ce qui nous concerne, nous avons mis à profit notre séjour à la fois pour découvrir des lieux (Jérusalem, Ramallah, des sites archéologiques), le tout accompagné par des guides parfaitement informés. Il s’agissait moins alors de s’émerveiller sur la beauté de ces endroits, que de comprendre comment la colonisation transformait en permanence la configuration des villes et du tissu urbain. Les explications à la fois historiques, topographiques et parfois savantes, nous ont permis de réellement visualiser la stratégie de l’occupant pour « invisibiliser », minorer, les populations arabes et tout mettre en œuvre à la fois pour leur rendre la vie impossible (au sens propre) et éradiquer les traces symboliques de leur présence en détruisant les traces de leur passé.

 C’est ainsi, par ex. que nous avons pu faire une visite de Tel Aviv et Jaffa, cartes en main, nous permettant de comprendre ce processus permanent d’éradication de la présence palestinienne et de la révision/reconfiguration des espaces urbains, pour ne laisser transparaître rien d’autre que la vision sioniste du destin d’un territoire.

 Nous avons donc beaucoup marché, y compris un après midi, dans le désert, sous une chaleur écrasante, après avoir visité un sanctuaire orthodoxe. Notre voyage fut également très varié et riche en rencontres humaines. Comment rapporter la diversité des points de vue que nous avons pu échanger avec un curé palestinien (parfaitement francophone) de 80 ans, ancien directeur de l’école catholique de Gaza de celles de ce bédouin, éleveur de moutons et de gallinacées dont nous avons atteint le campement après les soubresauts d’un chemin de terre parcouru au pas ? Et de la colline qui surplombait son installation, s’étendait à quelques centaines mètres une colonie israélienne, très verte et arborée du fait de la captation de l’eau, alors que seule la poussière d’une terre aride lui est (pour le moment) laissée pour son usage ! Que dire encore du désespoir de cette femme vivant dans un village souffreteux, car installé sur un site archéologique d’intérêt national (israélien) accaparé par les autorités militaires, décharge à ciel ouvert, dont les fils ont tous été déjà emprisonnés à plusieurs reprises en allant chercher du travail ?Comment rendre compte de l’émotion qui nous a saisi à l’évocation du sort des prisonniers politiques palestiniens et du système d’apartheid institutionnalisé entre les différentes catégories d’habitants du pays, des citoyens de plein droit juif, bénéficiant de l’état de droit, aux « ennemis du pays » de Gaza, soumis à la discrétion des autorités militaires ? Et pourtant, notre rencontre avec Fayez, laisse entrevoir la capacité d’inventer un demain plus radieux. Pourtant, ingénieux paysan bio, sa ferme est au sens propre enfermée entre le mur d’annexion et une usine chimique non autorisée  en Israël et délocalisée en Cisjordanie où l’autorité militaire ne se préoccupe en rien de la production de composants chimiques pour l’environnement…

 Une chose est sûre : de ces multiples contacts humains, de nos pérégrinations ici ou là, notre attachement à la vie de ce peuple brimé, en ressort renforcé. L’oppression contre les Palestiniens a désormais un visage et le sionisme n’est plus un simple concept.

Georges