PALESTINE-AMITIÉ Besançon

05 février 2018

Jérusalem : un demi-siècle de conflit expliqué en cartes

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02 février 2018

GAZA, au bord du précipice

Source : MEDIAPART     

Gaza, au bord du précipice 

28 janvier 2018 Par Thomas Cantaloube

Des responsables militaires israéliens ont récemment tiré la sonnette d’alarme en avertissant que la bande de Gaza était « au bord d’un effondrement complet », en raison de la détérioration des conditions sanitaires, sociales et économiques. Après dix ans de blocus, c’est en effet le désespoir qui domine. « Nous souffrons de ne jamais pouvoir envisager le futur », dit une habitante. Reportage dans la bande de Gaza.

Gaza, de notre envoyé spécial.-  Quand on lui annonce que nous avons l’intention de nous rendre dans la bande de Gaza, le porte-parole du gouvernement israélien soupire, puis nous répond calmement : « Comme vous voulez… Vous allez voir beaucoup de misère et de souffrance. Mais n’oubliez pas : c’est leur responsabilité. Les habitants de Gaza ont choisi le parti de la violence et des terroristes. Nous ne pouvons pas l’accepter et nous devons nous défendre. »

Quelques jours plus tard, nous franchissons le checkpoint d’Erez, immense édifice de béton et d’électronique qui évoque la paranoïa déshumanisée des installations militaires américaines en Irak ou en Afghanistan dans les années 2000. Après un long tunnel de grillage, nous émergeons côté palestinien, dans cette bande de Gaza grande comme trois fois Paris intra-muros, peuplée de deux millions d’habitants cloués sur place, sans possibilité aisée de sortir de ce territoire depuis plus de dix années, lorsque le Hamas en a pris le contrôle en 2007.

On traverse d’abord quelques champs cultivés (oliviers, fraises, haricots verts…) avant d’atteindre les premiers bâtiments, qui occupent la quasi-totalité de la surface de Gaza, en faisant un des lieux les plus densément peuplés de la planète. Bien sûr, l’ambiance n’est pas riante, on imagine d’autres endroits pour faire du tourisme : le gris parpaing des immeubles mal finis, les nombreuses charrettes tirées par des ânes, les rues secondaires en terre constellées d’ornières.

Mais la vie suit son cours, résiliente. Et tant qu’on n’adresse pas la parole aux Gazaouis pour leur demander comment va leur existence, l’illusion se maintient d’être dans n’importe quelle ville pauvre du monde arabe. Il y a des souks, des hôtels, des restaurants, des banques, des embouteillages, les vagues de la Méditerranée qui s’écrasent sur les plages de sable.

Les premières fissures dans ce tableau apaisé surgissent très vite. On observe les pêcheurs qui larguent les amarres et s’éloignent du port en fin de soirée. Ils naviguent sur deux ou trois kilomètres en mer, puis coupent les moteurs pour lancer leurs filets. Normal, ils ne peuvent pas s’aventurer au-delà : leur zone de pêche est restreinte en moyenne à cinq milles marins (9 km).

Nous avons ensuite rendez-vous avec un officiel au treizième étage d’un immeuble : il faut attendre son arrivée, puis qu’un agent de sécurité démarre le générateur diesel, et tout le monde s’entasse dans la cage d’ascenseur. En quittant les lieux, on descend les treize étages à pied avec une lampe de poche. Mi-janvier 2018, le rythme d’approvisionnement en électricité est le suivant : quatre heures de courant, suivies par douze heures de black-out. Parfois, s’il y a six ou sept heures de courant par jour, c’est Byzance. Quand l’électricité arrive dans les foyers, tout le monde se chamaille aimablement pour filer à la douche et bénéficier d’eau chaude.

 

Le port de Gaza, autrefois source de beaucoup de revenus, désormais contraint par les limites de pêche imposées par les Israéliens © Thomas Cantaloube Le port de Gaza, autrefois source de beaucoup de revenus, désormais contraint par les limites de pêche imposées par les Israéliens © Thomas Cantaloube

 

L’essentiel de l’eau qui circule dans les tuyaux (95 % selon l’Organisation mondiale de la santé) est impropre à la consommation humaine. Lorsqu’on se brosse les dents, un arrière-goût colle aux gencives. Se baigner dans la mer revient à nager à la sortie des égouts, puisque le système de traitement des eaux usées est en carafe depuis des mois…

Début 2018, les services de sécurité israéliens (armée et renseignements) ont tiré la sonnette d’alarme auprès de leur gouvernement : « Gaza est au bord d’un effondrement complet », ont-ils averti. Ce qui, dans le langage de ces responsables, laisse présager que les conditions socioéconomiques désastreuses de la bande pourraient bien provoquer un soulèvement, une nouvelle intifada, une offensive armée des extrémistes religieux, bref, ils ne savent pas vraiment quoi, mais cela ne sent pas bon du tout.

Il y a déjà eu trois guerres à Gaza en dix ans et les Israéliens ne souhaitent désormais rien tant que préserver le statu quo. Donc, du point de vue de ces dirigeants chargés de la sécurité de leur pays, il vaudrait mieux s’arranger pour que la cocotte-minute gazaouie ne leur explose pas à la figure en relâchant la pression.

Malheureusement, ces paroles raisonnables ne sont guère écoutées par la majorité des Israéliens aujourd’hui. Il y a ceux qui rappellent ironiquement que les médias annoncent depuis douze ans « l’effondrement de Gaza » sans que cela ne se produise. Il y a ceux qui désirent la confrontation et se réjouissent de la situation. Et puis il y a surtout l’indifférence face au sort des Gazaouis. « Si ces gens veulent vivre normalement, ils n’ont qu’à se débarrasser du Hamas. » Tel est le refrain que l’on entend souvent en Israël.

Jusqu’en 2005, la situation de Gaza n’était guère différente de celle du reste de la Cisjordanie sur le plan de la circulation des personnes. Puis le premier ministre Ariel Sharon a annoncé le retrait des 8 000 colons qui vivaient sur place, les islamistes du Hamas ont remporté (à la régulière) les élections palestiniennes de 2006 et, l’année suivante, ils ont pris le contrôle total de la bande de Gaza, à la suite d’une confrontation avec l’Autorité palestinienne installée à Ramallah (Cisjordanie).

Depuis cette date-là, Israël a isolé Gaza à coups de barbelés, de miradors, de murs de béton et de checkpoints. Le seul point de passage avec un pays tiers, l’Égypte, est celui de Rafah, au sud, et il est rarement ouvert, encore moins depuis le coup d’État du maréchal al-Sissi de 2014.

« Sortir à tout prix d’ici pour vivre ailleurs »

On a coutume de parler de Gaza comme d’une « prison à ciel ouvert », mais c’est un cliché insidieux. Dans toute démocratie digne de ce nom, les prisonniers ont été jugés et reconnus coupables. Or le seul crime de l’immense majorité des Gazaouis est d’être nés palestiniens sur cette langue de terre côtière. « Pour deux millions d’habitants, il y a peut-être 10 000 extrémistes ou terroristes. Nous sommes tous condamnés pour les actes de quelques-uns », souligne Youssef Nateel, un cinéaste d’une trentaine d’années. Il fait référence aux branches armées du Hamas ou du Djihad islamique, qui envoient occasionnellement des missiles sur Israël ou commettent des attentats-suicides. Gaza n’est donc pas tant une prison qu’un exercice de punition collective massive.

Depuis 2012, Youssef Nateel a déposé chaque année quatre à cinq demandes de permis de sortie de Gaza pour présenter ses films documentaires dans des festivals, ou afin de se rendre à une formation aux États-Unis pour laquelle il avait obtenu une bourse. Elles ont toutes été refusées. Sans aucune explication. « Les Israéliens n’ont pas à se justifier », souffle-t-il. Il sait seulement qu’il a le mauvais âge, le mauvais sexe, le mauvais pedigree du point de vue de l’appareil sécuritaire israélien : celui d’un terroriste en puissance.

 

Le documentariste Youssef Nateel se sent assigné à domicile © Thomas Cantaloube Le documentariste Youssef Nateel se sent assigné à domicile © Thomas Cantaloube

 

Youssef est donc cloîtré à Gaza, relié au reste du monde par Internet, grâce auquel il se forme lui-même avec des tutoriels en ligne. « Je veux progresser en tant que cinéaste, je veux grandir en tant qu’artiste, je veux me confronter au reste du monde, mais cela m’est interdit. Je ne compte plus toutes les opportunités que j’ai ratées. Ces dix dernières années ont été gâchées. Désormais, je n’ai plus qu’une seule aspiration : sortir à tout prix d’ici pour vivre ailleurs et ne pas gâcher la prochaine décennie. »

Une de ses amies, Yasmine Dawas, a plus de chance. Façon de parler. Toute récente diplômée de médecine, elle a trouvé du travail un jour par semaine dans un hôpital de Jérusalem pour traiter des enfants victimes de malformations cardiaques. En tant que jeune femme employée en Israël, elle peut obtenir un permis de sortie pour s’y rendre. Mais elle doit le renouveler chaque mois.

À la mi-janvier, elle reçoit un message sur son téléphone lui annonçant que son prochain permis durera trois mois. Elle saute de joie ! Puis elle lit les détails : elle n’a le droit de franchir les checkpoints que le mardi, jour où elle travaille. Les larmes lui montent aux yeux, elle détourne le regard. Là encore, nulle explication. C’est comme ça, c’est la règle israélienne.

Quand elle franchit le checkpoint pour se rendre à son travail, elle n’a le droit de rien emporter avec elle : pas de cosmétiques, pas de brosse à dents. Un jour, elle avait oublié un bâton de rouge à lèvres au fond de sa poche. Il lui a été confisqué et elle a dû plaider pour ne pas voir son permis annulé.

Malgré cela, Yasmine et Youssef s’estiment mieux lotis que la plupart des Gazaouis : leurs familles sont relativement aisées, ils ont pu faire de bonnes études, ils possèdent des réseaux à l’étranger. Mais la plupart de leurs concitoyens subissent le chômage et la précarité. Le taux officiel de chômage s’élève à 47 % et il grimpe à 60-65 % pour les jeunes diplômés. C’est un paradoxe de Gaza : le taux d’alphabétisation des moins de 24 ans dépasse les 99 %, les universités sont ouvertes et de bon niveau, mais une fois leur cursus terminé, les diplômés sont cantonnés à un territoire exsangue, coupé du reste du monde.

En 2012, l’UNRWA, l’agence des Nations unies chargée des réfugiés palestiniens, nombreux à Gaza, avait publié un rapport dont le titre s’affichait poliment interrogatif, même si la réponse était négative : « Gaza sera-t-il vivable en 2020 ? » Aujourd’hui, les instances internationales, les ONG et même certains responsables israéliens se demandent s’il ne faudrait pas avancer la date de deux ans, c’est-à-dire envisager que Gaza ne soit plus vivable fin 2018. Aux problèmes d’eau, d’électricité ou de chômage précédemment évoqués s’ajoutent une véritable crise sociale et psychologique, ainsi que les évolutions politiques récentes, qui obscurcissent encore davantage les perspectives des Gazaouis.

 

Lubna Beseisso s'inquiète du délitement du tissu social en raison du stress et des traumas imposés à la population © Thomas Cantaloube Lubna Beseisso s'inquiète du délitement du tissu social en raison du stress et des traumas imposés à la population © Thomas Cantaloube

 

Responsable de projets dans une ONG d’assistance psychologique, Lubna Beseisso observe le tissu social se détériorer jour après jour. « Quand nous entendons le tonnerre, la plupart d’entre nous sursautons en imaginant que c’est un nouveau bombardement. Nous sommes traumatisés par les guerres, mais aussi par le blocus, l’enfermement, la division politique, explique-t-elle posément, s’incluant parfois dans les cas qu’elle décrit. Les gens ne peuvent pas vivre dans un état de stress perpétuel sans que cela n’affecte la société dans son ensemble. »

Les disputes intrafamiliales, la violence, la dépression, tout cela est en hausse constante. Il y a désormais des sans-abri à Gaza, phénomène inconnu il y a encore quelques années du fait des solidarités. « La semaine passée, nous avons recensé un crime inédit dans l’histoire palestinienne : une femme a tué son mari puis l’a démembré. Ici, les gens avaient l’habitude de se préoccuper les uns des autres. Nous avons bien entendu toujours eu des vols, des meurtres ou de la violence dans les familles, mais jamais dans de telles proportions ni avec une telle agressivité. Le tissu social est en train de se déchirer. »

« Gaza est un véritable chaos politique »

D’après une étude scientifique sur les troubles psychologiques au Moyen-Orient publiée début 2017, les Palestiniens figurent au premier plan de toutes les populations de la région en matière de « désordres mentaux ». Le lien est directement établi entre ces perturbations et le demi-siècle de violence et de conflits, l’occupation israélienne et la répression qui l’accompagne. « Outre les différents symptômes de stress post-traumatique ou liés aux angoisses quotidiennes, nous souffrons de ne jamais pouvoir envisager le futur, s’attriste Lubna Beseisso. Nous avons appris depuis notre enfance à ne pas planifier notre avenir. » Ce qu’Ayah al-Wakil, une jeune juriste, résume ainsi : « Nous essayons de ne jamais espérer trop car nous ne voulons pas être déçus. »

Une des rares choses qui semblent fonctionner correctement et avec régularité à Gaza est Internet, seul véritable lien avec l’extérieur pour la plupart des Gazaouis. Mais là encore, par la grâce ubuesque des autorités israéliennes, Gaza est interdite de réseau téléphonique 3G (la Cisjordanie vient juste d’être autorisée à déployer cette technologie vieille d’une décennie…). « Nous ne voyons que rarement des étrangers ou d’autres cultures, nous appréhendons le monde au travers des réseaux sociaux, constate tristement Ayah al-Wakil. Mais bien évidemment, ce n’est pas comparable : un pan de l’expérience humaine nous est ôtée. »

Assis derrière son bureau de responsable de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) à Gaza, Mahmoud Daher cache ses yeux las derrière ses lunettes. Après avoir passé en revue la longue liste des problèmes économiques et sanitaires qui affectent la bande de terre (à laquelle il faut ajouter, en plus de ceux déjà mentionnés, la pénurie de nombreux médicaments ou la dépendance à l’aide internationale de 80 % de la population), il assène avec la force de l’évidence : « Le problème de Gaza est de nature politique, il n’y a pas de solution médicale ou financière. »

 

Gaza est trop souvent décrite comme une "prison à ciel ouvert". Il s'agit plus d'un exercice de punition collective massive © Thomas Cantaloube Gaza est trop souvent décrite comme une "prison à ciel ouvert". Il s'agit plus d'un exercice de punition collective massive © Thomas Cantaloube

 

La récente prise de position de l’administration Trump sur le statut de Jérusalem, et plus généralement son soutien sans ambages au gouvernement israélien de Benjamin Netanyahou, ont achevé de doucher les maigres espoirs qui subsistaient parmi la population palestinienne.

De surcroît, la « réconciliation » annoncée fin septembre 2017 entre le Fatah du président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas et le Hamas, qui contrôle la bande de Gaza, semble au point mort. Il y a eu quelques visites des autorités de Ramallah et la prise de contrôle des checkpoints par les policiers palestiniens, mais aucune autre avancée. Les Gazaouis, qui espéraient l’injection d’argent frais ou un assouplissement du blocus israélien, ont déchanté et, aujourd’hui, ils perçoivent cela comme une déception de plus.

« Gaza est un véritable chaos politique, résume Khalil Shahin, directeur du Centre palestinien pour les droits de l’homme. Nous subissons un régime politique unique au monde en étant gouvernés par trois entités et demie. Il y a d’abord Israël, qui contrôle tous les détails de notre vie quotidienne. Il y a ensuite l’Autorité palestinienne, dont nous dépendons théoriquement mais qui ne fait pas grand-chose. Il y a le Hamas, qui régente ce qu’il peut, principalement la sécurité interne et l’économie locale. Et enfin, pour une demi-part, la communauté internationale au travers des ONG, des programmes d’aide et de l’ONU. »

 

 © UNRWA-Creative Commons © UNRWA-Creative Commons
Les Israéliens ont pris l’habitude de blâmer le Hamas (qui, avant de prendre le contrôle du territoire par les armes en délogeant l’Autorité palestinienne, avait remporté les élections libres) pour tous les maux de Gaza. Le mouvement islamiste, à la fois politique et militaire, est effectivement responsable de nombreuses attaques contre les Israéliens qui ont fait des dizaines de morts. Il exerce également un « monopole sur la corruption », comme le confie l’un de nos interlocuteurs, en taxant les produits qui rentrent à Gaza ou en organisant les trafics clandestins.

 

Il fait également peser une certaine pression sur la société en s’efforçant de faire taire tous ceux qui ont la parole un peu trop critique. « On ne parle pas du Hamas en public et on fait attention à ce que l’on poste sur les réseaux sociaux, dénonce un militant anticorruption, sinon ses miliciens débarquent chez vous au petit matin… » Pour autant, Gaza ne vit pas sous une chape de plomb islamiste. Les appels à la prière n’ont pas plus d’adeptes ici qu’en Cisjordanie et les femmes qui le souhaitent se promènent sans foulard sur les cheveux (même si elles sont rares).

« L’occupation est la matrice de toute la situation »

Mais le Hamas est usé par ses dix années de pouvoir, qui ont vu la situation se détériorer. Même Ahmed Yousef, l’ancien conseiller politique du leader du Hamas Ismaël Haniyeh, l’avoue sans détour : « La population espérait beaucoup de la réconciliation entre le Fatah et le Hamas, mais elle est mal engagée. Les gens attendent de nouveaux dirigeants. Le Hamas porte sa part de responsabilité dans la situation présente, mais elle est moindre que celle d’autres acteurs. »

Au premier rang figure le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas, dont toute la stratégie depuis 15 ans a été lentement déjouée par Netanyahou et annihilée brusquement par Trump. L’Égypte aussi, qui pourrait offrir un ballon d’oxygène pour Gaza l’asphyxiée mais préfère, au contraire, lui appuyer sur la glotte en laissant le passage de Rafah presque tout le temps fermé et en collaborant avec les Israéliens. « Personne ne nous épargne, personne ne fait preuve de compassion à notre égard », commente Ahmed Yousef, résigné.

Si le Hamas, l’Autorité palestinienne, l’Égypte ou parfois les pays occidentaux sont critiqués par les Gazaouis, tout ce beau monde n’arrive que loin derrière, en seconde place sur le podium des griefs. Personne à Gaza n’est disposé à absoudre Israël de son écrasante responsabilité. Car c’est bien l’État hébreu qui est la puissance occupante, qui contrôle les flux des marchandises et des personnes, qui restreint les faibles marges de liberté des Gazaouis et qui impose sa loi d’une main de fer dans un gant d’épines.

 

Akram Abu Khosa continue d'essayer de vivre de sa terre et de résister en tentant d'exporter ses fraises © Thomas Cantaloube Akram Abu Khosa continue d'essayer de vivre de sa terre et de résister en tentant d'exporter ses fraises © Thomas Cantaloube

 

Un responsable de l’ONU à Gaza, qui préfère rester anonyme pour parler en toute franchise, résume l’équation ainsi : « Pas d’occupation signifie pas d’intifada et donc pas de mesures de rétorsion, donc pas de souffrance. » Puis il poursuit : « On peut blâmer de nombreux acteurs locaux et internationaux pour leur inefficacité, leur corruption, leur incompétence, leur idéologie ; on peut débattre sur ce qui a surgi en premier de l’intifada ou des représailles, à la manière du litige sur la poule et l’œuf ; mais ce ne sont que des conséquences de l’occupation, qui est la matrice de toute la situation. »

Lorsqu’il cesse de parler, ce haut fonctionnaire onusien ramasse quelques livres qui traînent et essaie de faire tenir cette petite pile en équilibre sur le bord de sa table de travail. Après de méticuleux ajustements, il y parvient. Il relève alors la tête vers nous et annonce : « Gaza est ainsi : toujours au bord du précipice. Un seul mouvement peut tout faire basculer. Les Israéliens déploient beaucoup de ressources en matière de sécurité et de renseignements pour maintenir Gaza en équilibre au bord de l’abîme. »

Avant de regagner le checkpoint d’Erez pour faire ce que la plupart des Palestiniens ne peuvent pas effectuer, à savoir quitter cette enclave par la porte, on s’arrête chez un agriculteur dont les champs et les serres touchent presque le mur de séparation entre Israël et Gaza. La fraise de Gaza possède une petite réputation. Elle est effectivement délicieuse : riche en goût et juteuse. Akram Abu Khosa a dû reconstruire plusieurs fois ses serres, fréquemment détruites lors des incursions des soldats israéliens, faire une croix sur différentes récoltes pour les mêmes raisons, mais il persiste dans son maraîchage, comme le faisait son père avant lui.

 

Aujourd’hui, son principal marché se situe à Gaza même, bien que cela lui rapporte moins que les exportations vers les pays du Golfe, qui comptent parmi ses clients. « Pour exporter, il faut que je récolte les fraises un peu en avance, mais pas trop afin de conserver un bon produit. Une fois que je les ai mises en barquette, elles doivent arriver chez les marchands en trois jours maximum. Le problème, c’est que je ne sais jamais si les Israéliens vont me laisser passer le checkpoint. Ils me connaissent et j’ai un permis d’exportation, mais c’est la loterie à chaque fois. Si mon camion est bloqué plus de 24 heures au poste de contrôle, c’est foutu, je perds ma cargaison. »

 

Selon Khalil Shahin, du Centre palestinien pour les droits de l’homme, depuis dix ans, moins de 5 % des exportations de Gaza ont été autorisées à sortir de la bande. Akram Abu Khosa continue malgré tout de tenter régulièrement sa chance avec une partie de sa récolte de fraises. Pour continuer à vivre de sa terre bien sûr, mais aussi par obstination. Afin de montrer aux Israéliens qu’il ne se laissera pas abattre malgré leur volonté de maintenir Gaza au bord du précipice. Trop pauvre et soumis pour se révolter, mais pas assez pour ne plus rien avoir à perdre que ses larmes et son sang.

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Film Mai Masri à Vesoul

Les 2 et 3 février au cinéma Majestic de Vesoul

Dans le cadre du Festival des cinémas d'Asie

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11 janvier 2018

Rencontre avec le père Manuel Musallam

Birzeit, Cisjordanie le 12/11/2017

 

Le père Manuel nous accueille chaleureusement. (photos Hervé Picaud)

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Ancien curé dans la bande de Gaza de 1995 à 2009, il a rejoint sa ville natale de Birzeit près de Ramallah, en avril 2009.

Il revendique le statut de citoyen palestinien avant même celui de prêtre catholique (en allant vivre à Gaza à la demande de sa hiérarchie religieuse, il a perdu ses papiers et le droit d'être citoyen à Birzeit).

Il fait aujourd'hui partie du comité national populaire pour la justice et la paix à Jérusalem avec des personnalités non politiques de différentes villes chrétiennes et musulmanes.

Concernant la coexistence entre les différentes religions en Palestine, le père Manuel parle de nationalité et non de religion : « La Palestine est pour tous les Palestiniens qu'ils soient juifs, chrétiens, musulmans, druzes.... ! » ; les juifs qui vivaient en Palestine avant 1948 étaient des Palestiniens ! Et les juifs, les chrétiens et les arabes palestiniens ont tous trois des origines sémites !

 

Nous l'interrogeons sur Gaza

Gaza est passé de 1 million d'habitants en 1995 (dont beaucoup de réfugiés) à 2 millions en 2017 et les chrétiens de 3500 à 300. Il précise que cette diminution n'est pas liée au Hamas qui, contrairement à ce que l'on pense, protège les chrétiens. Ce sont les salafistes qui les persécutent.

De 1995 à 2000 : la bande de Gaza était un pays fermé mais il était facile d'obtenir un permis

(200 000 ouvriers allaient travailler en Israël)

Après la 2ème intifada et la lutte armée des Palestiniens contre Israël -une erreur selon le père Manuel- l'occupation s'est renforcée.

En 2006, le Hamas gagne les élections à Gaza car les Palestiniens sont déçu par le Fatah corrompu. Le père Manuel nous dit que le Hamas, composé d'hommes, de femmes, de professeurs et autres professions diverses … est le reflet du peuple palestinien, qu'il a rétabli l'ordre à Gaza (police, tribunaux, gestion des déchets...) mais n'a pas eu les moyens de gouverner.

En 2007, Israël se retire de Gaza (35 colonies ; 4000 personnes) mais les colons détruisent leurs maisons en partant. De l'argent a été donné pour reconstruire mais rien n'a été fait ; Israël a gardé le contrôle de l'eau et de l'électricité (2h/jour!) ; aussi en juillet 2007, les Palestiniens se révoltent.

En 2008, Israël détruit Gaza; même les postes de police sont bombardés ; les ouvriers perdent leur travail et leur matériel (en 1995 : il y avait 700 camions à Gaza ; en 2008 il en reste 7 !)

 

Puis le père Manuel nous parle de son expérience de directeur d'école.

À travers les anecdotes qui illustrent son récit transparaît sa profonde tendresse pour les enfants et leurs familles.

 

Il a été directeur d'une école ouverte à tous (enfants palestiniens chrétiens, musulmans ...) pendant tout son séjour à Gaza ; comme les instituteurs n'étaient pas formés, il a élaboré un programme scolaire en s'inspirant de Piaget : étudier en jouant . Il a favorisé la musique, la danse... en 2 mois les enfants savaient lire !

 

Le père Manuel insiste sur l'importance de l'école pour aider les enfants à résister et à construire la paix. Les parents et les enfants sont bien conscients de l'enjeu.

« Pendant la guerre à Gaza, les Israéliens ont lancé 3 missiles sur l'école. Devant ce spectacle, un enfant de 8 ans lui a dit « les Israéliens ne veulent pas que nous soyons éduqués ! » .C'est pourquoi les enfants acceptent d'aller à l'école de 7h à 15h comme les enfants israéliens, pour être aussi instruits qu'eux (extrait du témoignage du père Manuel « Survivre à Gaza et mourir » sur Youtube).

 

Il raconte aussi qu'après la guerre à Gaza, les enfants étaient terrorisés ; certains avaient été blessés, des parents avaient été tués ; ils ne parlaient plus, ne jouaient plus. L'intervention de psychologues ne réussissaient pas à les faire sortir de leur mutisme, la danse et la musique non plus. Il a fallu que le père Manuel promette de supprimer les examens pour qu'ils se remettent à parler !

 

Quand à l'avenir de la Palestine, le père Manuel l'envisage de plus en plus sombre. Il s'inquiète des déclarations de D. Trump et du ministre israëlien de l'Éducation, N. Benett, pour qui « la victoire de Trump offre à Israël la chance de renoncer immédiatement à l’idée de création d’un Etat palestinien » !

 

Pour le père Manuel, la question de Jérusalem est et restera la clé de la paix ou la guerre ;

par ailleurs les armes ne donneront pas la paix à Israël ; seul le peuple palestinien peut le faire ; enfin, la paix ne sera possible que si la justice, le développement, la vérité, mais aussi le pardon sont possibles. Or :

-la justice est elle possible ?

 Israël n'acceptera jamais de faire revenir les réfugiés, de rendre Jérusalem, de quitter les colonies ! 

- le développement est- il possible ?

la situation économique à Gaza est catastrophique.

le père Manuel donne l'exemple d'un jeune qui, ayant vu sa sœur mendier, a préféré se faire tuer afin que sa famille ait une bouche de moins à nourrir.

- la vérité est-elle possible ?

« qui sont les terroristes ? Qui humilie l'autre ? »

« Israël veut faire de nous des esclaves ; l'occupation c'est l'humiliation ».

- le pardon est- il possible ?

« Mais qui va pardonner ? »

Le père Manuel dit qu'à son âge (80 ans), alors qu'il devrait connaître la sérénité, il continue à être révolté !

Le père Manuel nous a mis face à nos responsabilités d'occidentaux qui avons créé l'Etat d'Israël en 1948, qui parlons de justice et de paix mais qui n'agissons pas vraiment dans ce sens ! « L'Europe est trop complaisante avec Israël ! Pourquoi l'Europe ne reconnaît-elle pas à la Palestine le droit de résister alors qu'elle-même a résisté contre les nazis ? »

Propos recueillis par Michelle Bailly


 

- À lire: Curé à Gaza

Entretiens entre Manuel Musallam et Jean-Claude Petit, L’Aube, 205 p., 18 €.

 

- ci dessous un article du 18 janvier 2013 trouvé sur le site de CAPJPO – Europalestine

Le père Manuel Musallam : "Nous avons le droit absolu de résister par tous les moyens possibles".

À l’heure où la propagande israélienne essaie de faire croire que les Palestiniens chrétiens ne subiraient pas le même sort que les Palestiniens musulmans ou encore qu’ils se désolidariseraient de ces derniers, le Père Manuel Musallam, curé de Gaza pendant 10 ans (y compris sous les bombardements de l’"opération Plomb Durci") et vivant actuellement à Birzeit près de Ramallah, exprime sa colère et affirme le droit à la résistance pour tous les Palestiniens.

"J’entends dire : « Israël a le droit de se défendre ». Mais nous devons dire :
« Israël n’a pas le droit de défendre son occupation de la Palestine ».
Nous n’avons pas l’obligation de protéger ceux qui occupent notre terre, nous assaillent, humilient notre dignité humaine et notre fierté nationale, et nous jettent en prison ».

Nous avons le droit absolu de résister par tous les moyens possibles.

  • C’est notre droit et notre devoir de résister, de ne pas nous taire, alors qu’Israël érode notre terre en construisant des colonies en Cisjordanie.
  • C’est notre droit et notre devoir de résister, de ne pas nous taire, quand on voit notre peuple se disperser, alors que nos villages sont détruits pour bâtir des villages israéliens sur notre terre occupée depuis 1948 (1). Voici une reconnaissance explicite de la part des dirigeants israéliens :

« Des villages juifs ont été construits à la place des villages arabes. Vous ne connaissez pas le nom de ces villages et je ne vous le reproche pas, car les livres de géographie n’existent plus. Et non seulement les livres, mais les villages n’existent plus. Nahlal a remplacé Mahlul, le Kibbutz Gvat a remplacé Jibta, le Kibbutz Sarid a remplacé Huneifis et Kefar Yehushua est à la place de Tal al-Shuman. Il n’y a pas un seul endroit dans ce pays qui n’ait pas eu une ancienne population arabe ». David Ben Gourion (2)

  • C’est notre droit et notre devoir de défendre Jérusalem, de la reprendre à Israël et de démolir le mur de l’apartheid qui l’entoure.
  • C’est notre devoir d’empêcher le changement culturel, patrimonial et historique de Jérusalem.
  • Nous sommes aussi dans l’obligation de reprendre le droit d’y faire nos dévotions. Toute notre histoire se situe à Jérusalem. Pour le salut de Jérusalem, nous ne nous soumettrons pas au silence, nous ne cesserons pas notre résistance.

Cruels massacres.

Nous devons dévoiler les innombrables, cruels et atroces massacres qu’Israël a commis contre notre peuple innocent, tout en bénéficiant de l’immunité légale depuis 1948 :

31/12/1947 – Massacre du village de Sheikh – 600 martyrs.

18/01/1948 – Massacre de Mansoora Elkheit – destruction de 20 maisons.

10/04/1948 – Massacre de Deir Yassin – 360 martyrs.

14/05/1948 – Massacre de Shusha – 50 martyrs.

11/07/1948 – Massacre de Lod – 426 martyrs.

14/10/1953 – Massacre de Qibya – destruction de 56 maisons et 69 martyrs.

10/10/1956 – Massacre de Qalkilia – 70 martyrs.

29/10/1956 – Massacre de Kfar Kassem – 49 martyrs.

03/11/1956 – Massacre de Khan Younis – 500 martyrs.

18/09/1982 – Massacre de Sabra et Chatila – 3.500 martyrs.

08/10/1990 – Massacre de la Mosquée Al Aqsa – 21 martyrs.

25/02/1994 – Massacre de la Mosquée Ibrahimi – 50 martyrs.

19/04/1996 – Massacre de Qana au Liban – 160 martyrs.

27/09/1996 – Massacre (à l’occasion de l’ouverture du Tunnel sous l’Esplanade des Mosquées) – 70 martyrs.

12/04//2002 – Massacre du camp de réfugiés de Jénine – 58 martyrs.

12/07/2006 – Second Massacre de Qana – 57 martyrs.

27/12/2008 – Massacre de Gaza – 1.417 martyrs + 5.450 blessés.

14/11/2012 – Second Massacre de Gaza – 160 martyrs + 1.800 blessés.

Puis d’autres grands et petits massacres commis par Israël contre les Palestiniens, que nous n’avons pas cités. Les gouvernements partout dans le monde ne s’intéressent pas aux Palestiniens, même si leur peuple se soulève pour défendre la nation palestinienne opprimée. Les gens sont aveuglés par les médias mensongers et trompeurs.

On ne s’interroge pas sur la réalité :

  • Pourquoi cette occupation et ce siège sans fin, et les risques que court constamment la population de Gaza ?
  • Pourquoi cette deuxième guerre violente contre Gaza, où il y a eu des centaines de morts et des milliers de blessés ?
  • Pourquoi tous ces cruels crimes de guerre commis contre les enfants de Gaza qui pleurent et tremblent sans arrêt ?
  • Pourquoi n’y a-t-il personne pour appliquer les lois internationales sur la protection des innocents pendant les guerres et les conflits ?
  • Pourquoi les adultes sont-ils forcés de mourir en défendant Gaza au lieu de vivre pour mettre cette région en valeur ?

« Celui qui a des oreilles pour entendre, qu’il entende ! » (Évangile, Matthieu 11 :15)

  • Les habitants de Gaza sont les vrais propriétaires de la terre dont s’est emparé Israël en 1948.
  • Les habitants de Gaza sont les vrais propriétaires des maisons détruites et rasées pour être remplacées par des kibbutzim et des moshavim tels que Sderot, Malachi, Kfar Azza etc.
  • Les habitants de Gaza sont les vrais propriétaires des villages qui sont devenus des fermes et des serres pour le Sephardim et les Ashkenazim.
  • Les habitants de Gaza sont les réfugiés expulsés de force de cette terre à eux, vers laquelle se tournent leurs pieds et leurs yeux.

Quand ils nettoient les clés de leurs anciennes maisons détruites, ils pleurent. Quand ils jettent un regard sur leurs maisons rasées et sur leurs arbres arrachés, ils pleurent. Quand ils vérifient leurs vieux documents cadastraux authentiques, ils pleurent. Quand ils reçoivent des cadeaux de nourriture de l’ONU et se souviennent de leur terre volée, fertile en blé et en orge, ils pleurent.

Considérez cette affirmation :

« Ne nous cachons pas la vérité. Politiquement nous sommes les agresseurs et ils se défendent… Ce pays est le leur, parce qu’ils y habitent, alors que nous venons nous y installer et de leur point de vue nous voulons les chasser de leur propre pays ». (David Ben Gourion) (3)

Pas de Paix sans « Droit au Retour ».

Les Gazaouis n’attaquent pas Israël, ils résistent à Israël afin de retourner chez eux. Ils ont le droit de dire : « pas de paix sans Droit au Retour ». Les Palestiniens ne sont pas contre les Juifs mais contre l’État Sioniste d’Israël. Les Palestiniens ne poussent pas Israël vers la mer, mais ils sont expulsés de leur État par la force.

Tant que les habitants de Gaza seront des réfugiés, aucun Israélien ne sera dans une situation stable.

Tant que les enfants de Gaza pleurent et craignent pour leur vie, aucun enfant israélien ne cessera de pleurer.

Moins les Palestiniens sont libres, plus les Israéliens sont enfermés dans leurs tanks et leurs casernes.

Plus on nous prive de notre Etat, plus la paix, la stabilité et la tranquillité s’éloignent du Moyen Orient.

« Israël veut se protéger !! »

La seule protection pour Israël, ce n’est pas l’armement mais la paix avec ses voisins.

La paix est bilatérale.

Le droit à un Etat est bilatéral.

La sécurité est bilatérale.

La patrie est bilatérale.

Sans que nous obtenions tous nos droits à la justice, la paix avec Israël n’est pas possible.

Si la force ne construit pas la paix aujourd’hui, elle sera demain la cause de la destruction d’Israël.

Nous avons confiance en l’humanité et nous demandons que la Palestine soit libérée de la peur et du colonialisme. L’occupation conduit la région vers une éventuelle guerre de religion. La Mosquée Al-Aqsa risque d’être détruite pour qu’on construise le troisième Temple. Les hommes de bonne volonté devraient défendre l’oppressé et non l’oppresseur.

Nous ne demandons pas qu’on ait pitié de nous, nous demandons qu’on nous donne notre liberté et nos droits à la justice.

Quand notre État sera construit, avec Jérusalem comme capitale, la violence cessera des deux côtés."

Père Manuel Musallam

Birzeit, le 16/01/2013

(1) 418 villages ont été détruits

(2) David Ben Gourion, (cité dans « The Jewish Paradox », de Nahum Goldman, Weidenfeld and Nicolson, 1978, p. 99)

(3) David Ben Gourion, (cité pages 91-92 par Chomsky dans « Fateful Triangle », et que l’on trouve dans « Zionism and the Palestinians » par Simha Flapan, pages141-142, qui cite un discours de 1938)

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18 décembre 2017

Voyage dans un pays occupé

 

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Voyage dans un pays occupé

Palestine, 1er-12 nov 2017

Depuis plusieurs années, Palestine Amitié organise pour ses adhérents un voyage en Palestine. Durant douze jours, en novembre dernier, nous étions un groupe de treize à y participer. Pour la plupart d’entre nous, c’était la première fois que nous nous y rendions. Pour les quelques uns qui y étaient déjà venus, c’était il y  a fort longtemps. L’organisation du voyage, totalement bénévole, est fort bien rôdée et n’a rien à envier à celle d’un voyagiste traditionnel : rien à redire sur l’hébergement, la nourriture (copieuse et d’excellente qualité, exotique par certains aspects), les déplacements. Là s’arrête cependant la comparaison avec un voyage organisé « classique ».

 En effet, l’objectif du voyage n’est nullement le dépaysement touristique. Il s’agit bien d’aller sur place dans une optique militante : apporter la solidarité, recueillir la parole et les témoignages, se documenter. Cette optique engagée fait que, contrairement à ce que découvre la plupart des touristes, nous n’avons passé que peu de temps sur le territoire israélien et beaucoup en Cisjordanie (rappelons que Gaza est totalement inaccessible et soumis à une fermeture asphyxiante pour ses populations).

 La Cisjordanie, ce sont les territoires, occupés par l’armée israélienne, depuis 1967. Dans ces territoires, les touristes s’y risquent peu, hormis sur les lieux saints, dont une partie figurent en Cisjordanie. En ce qui nous concerne, nous avons mis à profit notre séjour à la fois pour découvrir des lieux (Jérusalem, Ramallah, des sites archéologiques), le tout accompagné par des guides parfaitement informés. Il s’agissait moins alors de s’émerveiller sur la beauté de ces endroits, que de comprendre comment la colonisation transformait en permanence la configuration des villes et du tissu urbain. Les explications à la fois historiques, topographiques et parfois savantes, nous ont permis de réellement visualiser la stratégie de l’occupant pour « invisibiliser », minorer, les populations arabes et tout mettre en œuvre à la fois pour leur rendre la vie impossible (au sens propre) et éradiquer les traces symboliques de leur présence en détruisant les traces de leur passé.

 C’est ainsi, par ex. que nous avons pu faire une visite de Tel Aviv et Jaffa, cartes en main, nous permettant de comprendre ce processus permanent d’éradication de la présence palestinienne et de la révision/reconfiguration des espaces urbains, pour ne laisser transparaître rien d’autre que la vision sioniste du destin d’un territoire.

 Nous avons donc beaucoup marché, y compris un après midi, dans le désert, sous une chaleur écrasante, après avoir visité un sanctuaire orthodoxe. Notre voyage fut également très varié et riche en rencontres humaines. Comment rapporter la diversité des points de vue que nous avons pu échanger avec un curé palestinien (parfaitement francophone) de 80 ans, ancien directeur de l’école catholique de Gaza de celles de ce bédouin, éleveur de moutons et de gallinacées dont nous avons atteint le campement après les soubresauts d’un chemin de terre parcouru au pas ? Et de la colline qui surplombait son installation, s’étendait à quelques centaines mètres une colonie israélienne, très verte et arborée du fait de la captation de l’eau, alors que seule la poussière d’une terre aride lui est (pour le moment) laissée pour son usage ! Que dire encore du désespoir de cette femme vivant dans un village souffreteux, car installé sur un site archéologique d’intérêt national (israélien) accaparé par les autorités militaires, décharge à ciel ouvert, dont les fils ont tous été déjà emprisonnés à plusieurs reprises en allant chercher du travail ?Comment rendre compte de l’émotion qui nous a saisi à l’évocation du sort des prisonniers politiques palestiniens et du système d’apartheid institutionnalisé entre les différentes catégories d’habitants du pays, des citoyens de plein droit juif, bénéficiant de l’état de droit, aux « ennemis du pays » de Gaza, soumis à la discrétion des autorités militaires ? Et pourtant, notre rencontre avec Fayez, laisse entrevoir la capacité d’inventer un demain plus radieux. Pourtant, ingénieux paysan bio, sa ferme est au sens propre enfermée entre le mur d’annexion et une usine chimique non autorisée  en Israël et délocalisée en Cisjordanie où l’autorité militaire ne se préoccupe en rien de la production de composants chimiques pour l’environnement…

 Une chose est sûre : de ces multiples contacts humains, de nos pérégrinations ici ou là, notre attachement à la vie de ce peuple brimé, en ressort renforcé. L’oppression contre les Palestiniens a désormais un visage et le sionisme n’est plus un simple concept.

Georges

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Retour de Palestine

 

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Retour de Palestine : billet d’humeur 

- Je pars en Palestine.

- Ah oui … je suis déjà allée en Israël !

- Je vais pas en Israël, je vais en Palestine.

- tu nous raconteras !

 

Raconter … depuis 40 ans, tout a été dit, redit et tout est tellement pire.

De l’aéroport de Tel Aviv, en route pour Jérusalem avec minibus « plaque jaune » : ça veut dire que c’est un véhicule qui est « israélien » et qu’il peut donc circuler partout.

C’est un véhicule de Jérusalem, conduit par un palestinien de Jérusalem.

- Oui, mais Jérusalem ? c’est en Israël ? Jérusalem Ouest, ça fait un moment qu’en dépit du droit international, on lit partout que c’est la capitale d’Israël, mais l’Est …

- L’Est : depuis 1967, Israël, immédiatement après l’avoir occupé, l’a annexé et en a étendu, au fil des ans, la superficie. Les Palestiniens qui y vivaient ont été recensés et ont une carte de résident. Ceux qui n’ont pas pu être recensés ne peuvent plus venir à Jérusalem. Ceux qui ont la carte de résident ne peuvent pas quitter trop longtemps Jérusalem sous menace de perdre leur statut et ceux qui ne sont pas résidents ne peuvent pas venir à Jérusalem, même pour voir leur famille.

On quitte donc Tel Aviv. Après un certain temps, on voit sur les toits des réservoirs, souvent noirs. Ça veut dire qu’on a quitté Israël pour la Cisjordanie occupée, que les immeubles sont habités par des Palestiniens qui doivent stocker l’eau dans des citernes sur les toits car l’eau n’est distribuée que 2 fois par semaine. Les nappes, les sources, sont captées par Israël. Les Palestiniens doivent acheter l’eau à Israël. On reconnaîtra désormais facilement les colonies à la verdure qui les entoure, au fait qu’il n’y a pas de citernes sur les toits.

Quand on quittera Jérusalem pour la vallée du Jourdain, on changera de bus (plaque blanche, celle de la Cisjordanie) et de chauffeur (il n’est plus de Jérusalem, mais de Ramallah).

Il y a Jérusalem avec Jérusalem Ouest, Jérusalem Est-vieille ville avec de plus en plus de drapeaux israéliens sur les maisons, Jérusalem métropole englobant les villages jusqu’à Bethléem et Ramallah.  Il y a les zones A, les zones B, les zones C, les zones déclarées de sécurité . .. A Hebron, il y a  les secteurs H1 et H2 … Kafka aurait pu l’inventer !

Hebron : la vieille ville est déserte. De rares échoppes sont ouvertes dans le souk. Il y a les rues interdites, les rues barrées, les rues surveillées. Notre groupe est intercepté par des militaires : pas le droit de circuler dans ces rues !

Là c’est sans doute zone A : il y a une grande pancarte rouge en bord de route avertissant que c’est une zone dangereuse pour les Israéliens. 

On entre dans Jericho.

- Donc là, les palmeraies, les cultures irriguées... c’est palestinien ?

- T’as rien compris ! La vallée du Jourdain, c’est fertile, c’est l’eau, donc c’est tout confisqué. Les Palestiniens, ils travaillent là comme ouvriers agricoles !

Une nouvelle zone A avec pancarte rouge « danger pour les Israéliens ». 

- On voit tout de même des soldats israéliens alors que normalement c’est sous souveraineté palestinienne.

- C’est normal : l’armée israélienne entre quand elle veut, comme elle veut en zone A.

Là, à Ramallah, juste à côté de l’hôtel, c’est zone C. Donc interdiction totale de construire. Les Palestiniens savent quand ils passent de A à C ou de C à B etc … mais nous … 

On nous montre la limite devant un panorama de Ramallah : les immeubles se construisent densément sur la colline puis, c’est vide … on est passé de la zone A à la zone C.

On ne sait plus très bien ce que ça change  d’être en zone A, B ou C. On arrête pas de changer de zone ! Là vers Kalandia, on ne sait pas bien dans quelle zone on est (on renonce à maîtriser le savant découpage!). Ce qu’on voit, c’est le mur et des maisons détruites … de belles maisons. Elles menaçaient la sécurité de l’État hébreu, de l’autre coté du mur...

Vous avez vu le film « Les citronniers » ? Il a été réalisé il y 10 ans … tout y est dit et rien n’a changé, sauf en pire : la femme reste dans son verger mutilé. Les Palestiniens restent dans leurs villes et villages encerclés, sur leurs terres sans cesse menacées de confiscation. Ils vivent … Ils ne seront pas éliminés comme les Indiens d’Amérique.

De Ramallah, on repart pour l’aéroport de Tel Aviv. On retrouve notre bus avec « plaque jaune » et notre chauffeur de Jérusalem.

- « vous direz que vous ne me connaissez pas et que vous venez de Jérusalem. »

Il laisse passer plusieurs entrées d’autoroute menant vers l’aéroport pour prendre plus au sud, comme si on venait de Jérusalem ...

Claire, le 27 novembre 2017

 

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17 décembre 2017

Stop à Trum et à l'annexion de Jérusalem

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14 novembre 2017

Des nouvelles de Salah HAMOURI

 

Depuis la prison du Néguev, Salah Hamouri nous adresse ces quelques mots.


"J’ai ressenti une étrange sensation, lorsque, le 23 août, aux alentours de 4h30, si je me souviens bien, j’étais tiré de mon sommeil par des bruits sourds. Quelqu’un s’acharnait sur la porte de mon appartement et appuyait nerveusement sur la sonnette à répétition. Je me suis dit que je connaissais ce type de vandalisme mais dans les toutes premières secondes, je pensais qu’il s’agissait d’un rêve. Je vis dans un bâtiment de six étages, à Jérusalem-Est. Chaque étage est composé de deux appartements. Les soldats et leur commandant ne savaient exactement dans quel appartement je vivais, alors, ils ont frappé brutalement à chaque porte. J’ai alors eu une pensée pour mes voisins, tous réveillés en plein nuit par les soldats, terrorisant chaque famille, je pouvais entendre des enfants pleurer.
 
Les soldats n’ont pas cessé de frapper sur ma porte jusqu’à ce que je finisse par ouvrir, encore engourdit par le sommeil. Le premier soldat que j’ai vu portait une cagoule. Je ne pouvais voir que ses yeux remplis de haine. Il m’a alors hurlé dessus, me demandant ma carte d’identité. Après vérification, les soldats présents ont appelé du renfort, en criant qu’ils avaient trouvé la personne qu’ils cherchaient.  A la seconde où j’ai compris que la force occupante venait bien pour moi, mon cerveau m’a envoyé un ordre clair : « Une nouvelle bataille commence là pour toi, cet ennemi ne doit pas te vaincre une seule seconde ». Ils m’ont forcé à m’asseoir sur une chaise et trois soldats m’entouraient, leurs armes pointées sur moi. Pendant ce temps-là, leurs collègues ont fouillé tout l’appartement, bouleversant les meubles, les livres, les vêtements… Je les sentais fébriles, ils s’énervaient, ils ne trouvaient rien de ce qu’ils cherchaient dans cet appartement. Le commandant a fini par donner l’ordre de repli. Ils m’ont alors ordonné de m’habiller pour partir avec eux. En marchant vers la porte d’entrée de mon appartement, avant d’en sortir pour une durée qui m’était inconnue, je fixais la photo de mon fils accrochée au mur. Dans son regard, j’ai puisé de la force pour affronter les durs moments qui m’attendaient. Je l’imaginais me dire « Papa, sois fort, on sera vite réunis tous les trois ». Je lui promettais alors de rester fort et de ne jamais donner l’occasion à cette occupation de nous confisquer notre humanité et de détruire notre vie comme elle s’acharne à le faire. Ils me bandèrent ensuite les yeux et me conduisaient dans une voiture blindée. La marche vers ce nouveau destin commençait. Une marche pénible vers un monde que je ne connais que trop bien. Un monde dans lequel nous devons rester forts, humains et garder notre sourire en toute circonstance. Une nouvelle fois, je suis conduit dans ce véhicule blindé vers l’endroit le plus sombre et le plus misérable pour un être humain : une prison de l’occupant.
 
En arrivant dans la prison du Neguev, après deux semaines passées dans le centre d’interrogatoire,  tout me semblait tristement familier. Je suis rentré dans la section 24, j’ai vite reconnu les visages que j’avais quittés il y a quelques années. Je n’ai pas su quoi leur dire, j’étais soudainement impressionné de les retrouver ici. Parmi eux, certains sont derrière les barreaux depuis plus de quinze ans. Ils me questionnaient et je ne savais pas quoi leur répondre. « Qu’est ce qui est arrivé, pourquoi es-tu là ? ». Je n’avais pas les réponses à leurs questions. Pas plus que je n’arrivais à leur parler de l’extérieur, eux, qui sont là depuis tant d’années. Que faisons-nous pour eux, pendant qu’ils paient le prix de leur lutte ? En les retrouvant, je me demandais si j’avais assez agi pour parler d’eux à l’extérieur. On a ensuite énormément discuté. Un détenu m’a dit « Ah tu es de retour, on va parler de nous en France alors ! ». J’ai réalisé alors que malgré ma nouvelle privation de liberté, je n’avais aucun doute sur le fait que la mobilisation allait se mettre en place en France, c’est un véritable espoir pour moi et pour eux.  J’ai pensé à toutes les personnes qui avaient déjà lutté pendant ma première incarcération et depuis, toutes celles et ceux que j’ai rencontrés en France et en Palestine. Aucun doute qu’ils seraient tous à nouveau au rendez-vous pour dénoncer l’injustice qui nous frappe.
 
Et des éléments que je reçois par fragments, je sais que vous êtes même plus nombreux que la dernière fois ! Des personnalités que j’apprécie, des élu-e-s, des citoyen-ne-s en nombre plus nombreux encore vous vous êtes mobilisés pour dénoncer  l’injustice, l’arbitraire et pour exiger ma libération.
 
Je vous en remercie très sincèrement. Je veux vous dire aussi que je serai digne du soutien que vous m’accordez. On ne marchande pas la liberté même si on la paie parfois très chère. Ce n’est pas une question d’entêtement mais de dignité et de principe : pour la liberté je ne lâcherai rien. Le peuple palestinien, comme tous les autres, ne veut pas vivre à genoux. Et quelle force cela nous procure que de savoir que, vous aussi, vous n’avez pas l’intention de lâcher. Cela, l’occupant ne le mesure pas. Moi je le ressens au fond de moi. Et c’est pourquoi même quand il pleut je pense au soleil qui vient…"


Salah Hamouri
Novembre 2017, prison du Néguev, section 24

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13 novembre 2017

Voyage 2017

VOYAGE SOLIDAIRE 2017
Dernières nouvelles et dernières photos du nouveau groupe du Voyage solidaire en Palestine qui  viennent de nous parvenir. 
«  L’une d’elles, nous dit Christine Abboud qui accompagnait ce voyage cette année, est prise dans le beau cadre de l’oasis de Nabi Moussa et l’autre au camp de réfugiés d’ Aqabat Jaber où, comme de coutume, nos amies du Women Center nous ont si chaleureusement reçus et saluent grandement tous les amis de Palestine-Amitié !
Les valises sont en train de se boucler  et demain, c’est le départ… 
Nous avons vu Issa hier qui nous a emmenés voir les oliviers plantés  l’an dernier ainsi que le propriétaire du champ. Seuls 3 oliviers ont péri.
Aujourd’hui, nous avons réalisé le programme prévu pour ce dimanche: entretiens  sur les prisonniers politiques avec Addameer puis rencontre avec le Père Manuel à Birzeit. Entretiens poignants qui ont touché les membres de notre groupe. 
Visite du musée Arafat ensuite, toujours trop courte ! »
 
A présent, nous attendons donc le retour de « nos Voyageurs » et les témoignages qu’ils ne manqueront pas de nous faire sur ce nouveau Voyage en Palestine que Palestine-Amitié a organisé du 2 au 13 novembre.
 (photos prises par Hervé Picaud, l’un des participant à ce voyage)

 Groupe voyage Palestine 2017 WEB PALAM

 

 

Groupe voyage 2017 2 webpalam

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